L'Urbanisme déshumanisé



Qui n'aime pas se promener dans une "vieille ville" ou dans les "quartiers anciens" de telle ou telle ville ?
Quasiment tout le monde aime !
Et pourquoi ?
Parce que l'on y trouve un charme désuet à ces vieilles façades, à ces étroites et tortueuses rues et ruelles, formant un aimable dédale, bordé parfois de lavoirs et/ou de fontaines. Labyrinthe qui finit toujours par déboucher sur une belle place ou une jolie placette.
Ce n'est pas par hasard que c'est ainsi. La raison en est simple : dans les villes anciennes, comme dans les anciens villages, la topographie n'a pas été prévue pour la circulation des automobiles, mais pour la circulation d'étroites voitures tractées par des chevaux.
Si les rues et ruelles étaient si étroites parfois, c'était aussi pour rendre malaisée la circulation d'éventuels agresseurs.
Peu à peu, cette raison à perdu de son sens. Soit parce que les techniques guerrières ont changé, soit parce que la paix a gagné du terrain
Quoi qu'il en soit, il en est resté en fin de compte, la configuration que nous avons évoquée ci dessus et, un esprit de proximité entre voisins. À une époque où, faute de télévision, les gens se rencontraient le soir, soit dans la rue en été, soit chez l'un ou chez l'autre ou au café, par mauvais temps...
Des tas d'artisans et commerçants ont ouvert boutique dans ces quartiers. Les rendant ainsi foisonnants de vie et, par-là, plus attrayants.
Tel me semble être la genèse d'un centre ville. Au moins dans les villes grandes et moyennes.
Dans les villages, les choses se sont passées différemment.
Puisqu'un village était au départ un groupement de grandes maisons individuelles groupées autour d'une place centrale. Cette dernière, qui n'aurait pu exister sans son café, son bureau de poste et ses petits commerçants et artisans, constituait le lieu de rencontre idoine pour les habitants du lieu.
Dans les deux cas il y a un point commun : Une concentration humaine qui imprégnait ces lieux de son esprit, de son aura, si vous préférez. Comme les vieilles maisons et vieux meubles sont imbibés de l'esprit de tous ceux qu'ils ont vu arriver et partir...
Voilà mes pensées lorsque je pris connaissance des intentions de l'ex maire d'Anglet. Il se faisait fort de "construire un centre ville" ! Ne tenant pas compte des années, des siècles parfois qu'il a fallu pour construire un centre ville digne de ce nom !
Comme beaucoup de ses pairs, il devait penser qu'il suffisait de tracer des traits perpendiculaires sur un  plan et d'édifier des bâtiments en préfabriqué, de plusieurs étages, séparés par des rues à angle droit et desservis par des parcs de stationnement pour se garer (des parkings).
Parkings qui constituent, dans ce genre d'urbanisme, les seuls espaces, de jeu pour les enfants, et de détente pour les parents, habitant ces tours !
Il n'est que de regarder, en passant, les constructions de Robert Alday, le long du BAB, pour s'en convaincre.
Et si vous n'avez pas un repère graphique sur les bâtiments en question allez essayer de trouver les gens chez qui vous voulez vous rendre ! Façades, balcons, fenêtres et portes-fenêtres identiques !
Finit ces fenêtres, sur lesquelles se fermaient des volets ajourés en bois. Volets qui ont inspiré une chanteuse et un poète :
La chanteuse, Nicoletta, chantait à son amant : "Ouvrons la fenêtre laissons les volets clos...".
Le poète, Baudelaire à ce qu'il me semble, disait : "Qui regarde une fenêtre aux volets clos, voit plus que s'ils étaient ouverts...".
Tel était la force de suggestion de ces anciens volets, moins fonctionnels il est vrai...
Ne cherchez pas de poésie dans ces cubes gris percés de trous rectangulaires, que des volets en plastique, fonctionnels et pratiques, obstruent pour éviter l'intrusion du soleil ou de la blafarde lumière des lampadaires éclairant les lignes droites d'une quelconque cité, baptisée "Hameau de...". Aussi pour préserver son intimité, mise à mal par les grandes fenêtres à double vitrage qui s'ouvrent  sur des rues ou des avenues qui ne sont plus que des voies de circulation,  automobile...
Ne cherchez pas des piétons ni des gens bavardant en bas de chez eux. S'ils sortent de leur logement, c'est pour courir faire une course de dernière minute dans la "supérette" du coin ou dans le dépôt de pain qui tient lieu de boulangerie.
Ou alors ils ne font une brève apparition, le temps de pénétrer dans leur voiture et partir. Ou l'inverse.
Les enfants, n'ayant pas d'espaces pour jouer et se rencontrer, ne peuvent pas développer de relations de voisinage entre eux. De ce fait, ils ne peuvent rencontrer des amies et amies  qu'au sein de l'école, du centre aéré ou de la colonie de vacances (ayons un sourire pour Pierre Perret !).
Les parents suivent le rythme et du coup, ils ne côtoient guère leurs proches voisins. Avec comme conséquence que les rares relations entre voisins, souvent tournent à l'aigre. Parce que si l'on ne se voit pas, on s'entend d'un logement à un autre ! Plus qu'on ne le voudrait.
Ces inconvénients de voisinage perdraient de leur importance s'il y avait, pour compenser, ces relations de bon voisinage. Ce qui n'est pas le cas, comme nous venons de le démontrer. 
Le Petit Robert défini l'architecte comme : "Quelqu'un de diplômé, capable de tracer les plans d'un édifice et de diriger les travaux nécessaires à sa construction."
Nous pensons, nous, qu'un architecte devrait être quelqu'un capable de créer des espaces de vie et de rencontre, qui amènent les gens à se rencontrer, à s'apprécier et à aimer vivre ensemble. Surtout les enfants.
Pour que le monde de demain soit un monde de partage, de solidarité et d'amitié.
En un mot, un monde humain...

Manuel MARTINEZ
Biarritz le, 6 avril 2014

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