LETTRE OUVERTE A M FRANÇOIS HOLLANDE



Monsieur,
Si dans l'intitulé de ma lettre je vous nomme, au lieu de vous donner votre titre, c'est bien parce que j'entends m'adresser à l'homme, au père que vous êtes.
Libre à lui, s'il en éprouve le besoin, de parler au Président que vous êtes devenu, provisoirement.
Je m'adresse à l'homme, mais surtout au père, parce que dans les lignes qui vont suivre, je ne parlerai pas de politique.
Je parlerais d'êtres humains, surtout de nos enfants et les leurs : de la jeunesse.
De cette jeunesse aujourd'hui totalement désemparée et déçue.
De cette jeunesse qui ne peut plus croire en le mot "démocratie".
Puisque force leur est de  constater que la démocratie est un leurre.
Dont le seul (mais significatif) avantage, est de permettre une alternance dans le pouvoir. Ce qui évite les guerres civiles. Du moins dans les pays où le pouvoir et le peuple jouent le jeu "démocratique".
Je ne m'attarderai pas ici à expliciter l'assertion qui précède. Ce n'est pas le propos de ce texte.
Si je mets en avant le désarroi de la jeunesse, c'est en considérant que nous, adultes et personnes âgées, nous avons laissé s'installer cet état de choses, sans réagir lorsqu'il était peut être temps de le faire.
Nous avons pris soin de notre confort du moment et nous avons fermé les yeux sur l'évidence : Le fait que notre ancienne société perde, année après année, le sens de la solidarité, ce ciment social qui donne à la société son caractère essentiel : l'unité de tous ses composants.
Aujourd'hui nous ne sommes plus qu'un conglomérat d'individualités isolées prétendant vivre selon le principe : "Chacun pour soi !".
Nul idéal commun ne nous unit. Nul rêve ne brille dans notre regard.
Vous, politiciens, vous avez voulu nous convaincre de ce que le seul idéal à atteindre est : Posséder !
Paraphrasant Descartes, nous pourrions dire, pour résumer ma pensée : "Je possède donc je suis !"
Mais vous vous êtes totalement fourvoyés. L'être humain a besoin d'affection, d'amitié, d'amour ! Sentiments qu'aucun argent au monde ne permet d'acheter.
Ces denrées ne sont pas à vendre. On vous les donne ou pas, vous les donnez ou pas.
Sans calcul, avec le cœur.
Parce que ces denrées précieuses ont une particularité unique : Le moindre calcul les fait disparaître !
Nous voilà donc dans une société que vous avez voulue marchande, inhumaine parce que dépourvue de sentiments, de doutes et d'idéaux qui donnent à l'être humain sa qualité intrinsèque : l'humanité !
Cet homme... "économicus", pièce indispensable dans votre vision mercantile du monde, cet homme n'existe pas, pas encore.
En dépit de vos efforts, à vous politiciens, conjugués à ceux des apôtres de "l'ordre numérique" et des généticiens qui, pour simplifier, prétendent trouver Dieu, ou sa négation, quelque part dans le génome humain.
Malgré les médias qui vous servent de chambre à écho pour amplifier, en les peaufinant, vos arguments en faveur d'une société dominée et guidée par la finance.
Il n'est que de voir le fossé vertigineux qui s'est creusé entre les riches et les pauvres. Jamais dans l'histoire de l'humanité cet écart n'a été si disproportionné et aberrant !
En résumé, vous nous faites vivre dans des conditions matérielles de plus en plus intenables, la pauvreté s'étend partout, recouvrant de plus en plus des classes sociales, comme l'eau des océans recouvrira dans pas longtemps, des régions où il faisait bon vivre.
Nous, pauvres, nous n'avons même plus l'espoir de connaître un répit à notre condition de pauvre, ni aux conditions dans lesquelles nous survivons au jour le jour.
Dans ce "nous", j'inclus majoritairement les jeunes.
Qui se sentent  trahis par leurs aînés, bafoués !
Voilà en place le terrain fertile où les idées de l'extrême droite fleurissent à foison. Surtout, la pire, la plus abjecte, la plus vénéneuse : le rejet de l'étranger !
Étranger devenu bouc émissaire pour commencer, victime expiatoire ensuite.
Contre laquelle tourner sa rage, impuissante à changer le cours des choses.
Nous ne sommes pas, pas encore, aux monstruosités du siècle dernier. Mais nous glissons, lentement, inexorablement, dans la pente qui y conduit.
M Hollande, comme moi, comme tant d'autres, vous avez des enfants.
Leur sort vous indiffère ?!
Ou pensez-vous, comme tant et tant d'inconscients (c'est le terme) que leur progéniture sera épargnée par ce monde horrible de non-humanité que vous contribuez, plus ou moins consciemment à mettre en place.
Êtes vous et tous les politiciens des monstres d'égoïsme ou des inconscients ?!
Comme pour le réchauffement climatique, la disparition de l'humanité dans l'humain gagne du terrain.
Réagir très rapidement est la condition sine qua non pour inverser le cours des choses. S'il en est encore temps !
Et pour les deux catastrophes qui s'annoncent il faudra compter sur tout et chacun de nous, habitants d'une planète qui était si belle et bonne à vivre, mais que des oiseaux de proie sans âme et sans conscience, prétendent transformer en un objet utilitaire et exploitable.
Mais la Terre est vivante et nous sommes ses enfants !
Puissiez-vous être touché par ce qui peut vous paraître un discours naïf mais qui est une ode d'amour à notre monde.
Boule minuscule pleine de poésie, voguant dans l'infini.
M Hollande, en parlerez vous à M le Président ?

Manuel MARTINEZ
À Biarritz le, 29 septembre 2013

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