Il ne se
passe pas un jour ou presque, sans que nous n'entendions parler d'une expulsion
de "gens du voyage". Soit d'un site qu'ils ont occupé indûment, soit
de la France.
"Gens du
voyage"... ? Pourquoi ne pas les nommer pour ce qu'ils sont : Romanichels,
tziganes, bohémiens...
Pourquoi les
dépouiller même de leur identité ?
J'en ai vu des
"roms", des "tziganes", des "bohémiens"... quand
j'étais petit enfant, adolescent et jeune homme en herbe, et que j'habitais à
Montevideo. Dans les années 50 et 60.
Ils étaient rempailleurs de qualité. Ils travaillaient le
cuivre, l'étain et leurs alliages, à merveille ! Ils vous lisaient les lignes
de la main. Ils "lisaient" l'avenir dans un jeu de Tarot, et personne
n'aurait sourit de leurs prédictions.
Leurs vêtements étaient un festival de couleurs,
agrémentés de maints bijoux qu'ils portaient à profusion. Pacotille ou pas ?
Qu'importe ? Ils apportaient une note supplémentaire de fantaisie à leur tenue.
Ils étaient effusifs et chaleureux. Leurs yeux de jais
souriaient volontiers. Mais ils pouvaient devenir des puits sombres et
dangereux. Si vous leur manquiez de respect.
Mais surtout,
ils se déplaçaient sans arrêt. Dans des roulottes pittoresques, tirées par des
chevaux
Les routes du
Monde étaient leur demeure.
Maison sans
murs ni d'autres limites que leur fantaisie du
moment, mais porteuse d'un toit constellé d'étoiles.
Comme leur
regard quand ils chantaient, jouaient de la guitare, faisaient des "palmas"
et des "taconeados" pour donner son rythme et son envol à la musique
de leurs guitares et aux voix des "cantaores".
Leur chant
s'appelle "el cante hondo" (le chant profond). Et comme savoir d'où
il surgit pour, peu à peu, nous tordre délicieusement les tripes et creuser
dans notre cœur, tout à la fois, un gouffre de nostalgie et de joie profonde.
C'était...
voilà des lustres !
Aujourd'hui,
je vis en France, pays "développé". Ce, depuis 46 années.
Toutes ces
catégories de gens dont je parle ci-dessus, on les connaît sous le nom
générique de : "Gens du voyage".
Leurs abris
ce ne sont plus des roulottes pittoresques, mais des énormes caravanes,
tractées par des grosses voitures.
Leurs métiers
? Qui peut le savoir ? Ceux dans lesquels ils excellaient ont disparu.
Pourtant ils
ont un train de vie à tenir.
On les
suspecte de tous les maux, on les parque dans des aires "d'accueil"
dans lesquelles vous n'iriez pas dormir deux nuits de suite.
Alors, ils se
révoltent et, se déplaçant en nombre, ils investissent d'autorité des endroits
appropriés au séjour de quelques nuits.
Je ne les ai
plus vus, ni entendu chanter, danser, faire des "palmas" et des
"taconeados".
Par contre
j'ai vu, installées à l'extérieur de leurs caravanes, de grandes paraboles.
Pour capter un maximum de chaînes de télévision.
Leur arrive-t-il
la nuit, de sortir de leurs caravanes et de regarder ce ciel qui était autrefois
le toit de leur "maison"?
Une fois,
voici vingt années, je buvais un café dans une grande place de Nîmes.
Je lève les yeux du journal que je feuilletais et, sidéré,
je vois venir, traversant l'avenue, un tzigane. Vêtu comme ceux de jadis et
tirant derrière lui un orgue de barbarie, dont un singe minuscule tournait la
manivelle qui actionnait l'orgue, produisant une musiquette aigrelette et douce
à la fois...
J'ai eu le
cœur lourd de nostalgie et je me suis dit : "Voilà un des derniers humains
libres...".
Il y a
quelques jours, Manuel Valls, notre Ministre de l'Intérieur, a déclaré que :
"seule une minorité de "roms" choisissait de
"s'intégrer"...
Les autres
renâclent à l'idée de se constituer prisonniers à vie...
Quand les
cigales sont mortes, les fourmis se sont mises aux antidépresseurs.
Manuel MARTINEZ
À Biarritz le, 03 octobre
2013
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