LE MAÏTENA



Il est un endroit où j'aime écrire, dans le brouhaha familier des habitués qui viennent là. Les uns pour se délasser, après leur journée de travail. Les autres pour se retrouver coude à coude avec ceux qui comme eux, comme moi, essaient d'échapper quelques instants à leur routinière solitude.
Cette humaine rumeur se mêle avec bonheur à des vieilles mélodies rythmées, du jazz et, parfois, la voix rauque et prenante de Louis Armstrong avec en contrepoint le son sinueux, sensuel et haut perché de sa trompette.
Le monde qui m'entoure cesse d'être, pour un moment, ce désert gris et froid que j'ai parcouru pour arriver ici : Rues utilitaires, crépusculaires, trottoirs étriqués, où se hâtent, habillés en couleurs sombres et ternes, noir délavé, anthracite, marron et jean décati, visages figés, regard fixé sur le vide, des rares passants qui n'apportent qu'une note supplémentaire de désespoir au paysage urbain, fonctionnel, où la poésie craint de se manifester.
Quelques rares petits commerces, échappant encore au rouleau compresseur des "centres commerciaux", éclairent des petits pans de trottoir de leurs lumières et leurs enseignes. Par temps clément, leurs portes sont ouvertes, en passant devant on échange un bonsoir fugitif, mais précieux; avec les occupants de ces îlots fragiles d'humanité et de rencontre.
Comme "Le Maïtena", café tout en boiseries au ton chaud, papier mural aux teintes brique et jaune, sur lesquels des belles affiches encadrées ajoutent de la couleur. Là bas sur la droite en rentrant, accrochée au mur du fond du "recoin", une plus grande et belle affiche, encadrée aussi, pastiche "La Sainte Cène". Marylin remplace avantageusement Jésus et, à les voir, l'on se dit que de Clark Gable et Humphrey Bogart à James Dean, en passant par Stanley Laurel et Oliver Hardy, tous ces "saints" célèbres se damneraient pour le sourire de La Femme !
Tout cela baigne dans des lumières ambrées et chaudes. Chaleureuses comme l'accueil de Patrick et Gérard, les patrons.
D'emblée ou graduellement, autour du massif et généreux comptoir incurvé vers son point de départ, l'ambiance prend de la couleur, de la chaleur. Des vives  discussions s'engagent, peu importe le sujet, l'important est de communiquer avec l'autre, par la parole, le geste, le regard, la présence... Des rires fusent, cristallins ou rauques, des voix deviennent criardes parfois, pour s'apaiser ensuite. Quelqu'un arrive, un autre s'en va...
Quelquefois, des familles sont là, parents et enfants. Les uns discutent avec animation, les autres jouent et observent autour d'eux, avec des yeux étonnés. Ils vivent un instant d'humanité, eux qui quelques moments auparavant accompagnaient peut-être les parents dans leurs courses au supermarché, hypertrophié, blafard et maladif de son éclairage au néon !
Ici, rien de cela, l'endroit n'est pas hanté par des fantomatiques consommateurs, errant hagards dans un décor inhumain, fébrilement accrochés à un caddie...
Ici, ça mange, ça boit, ça parle, ça crie, ça rit, ça drague... Ici ça vit !
Merci Gérard, merci Patrick ! Que le "Maïtena" et ses semblables vivent longtemps, très longtemps encore !

                                                                                   Manuel MARTINEZ
                                                                                                    à Biarritz le 30 décembre 2011

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire