A quelque vingt mètres de mon balcon il y a un arbre.
Chaque année en hiver, on l'élague,
exagérément. Au-dessus du tronc il ne reste que trois ou quatre moignons, nus,
enneigés parfois, tels des bras tendus vers le ciel, qu'une faux géante aurait fauché
dans leur élan. Regardez-les...
Chaque année, au printemps, je vois des petites pousses
éclore en minuscules branchettes, qui se couvrent de vert.
Comme si le ciel
avait entendu la prière muette de ces moignons, les branchettes deviennent des
branches, couvertes de feuilles.
Ce tronc que l'on
croyait mort est redevenu un arbre, nous offrant l'ombre bienfaisante de ses
branches feuillues et aux oiseaux, un gîte.
Quand la brise
souffle, j'entends bruire les feuilles de l'arbre, comme fredonnerait un homme
simple et bon, heureux de pouvoir offrir quelque chose.
Chaque année, en
hiver, on l'élague, trop… Son voisin, l'arbre à ses côtés, ce printemps est
resté sec. Secs ses moignons, tendus vers le ciel dans une prière inutile.
Combien de mes
semblables n'ai-je vu devenir de ces troncs morts, leurs âmes rivées au
quotidien, leur regard tel cendre de leur âme…
D'autres,
telle ma Mémé, ma Maman, leur sourire était cette ombre sous laquelle
s'abandonner ; leur regard, ce chantonnement heureux qui nous fait croire que
c'est nous qui leur avons donné quelque chose.
Ce
chantonnement heureux de qui sait qu'aimer est donner, et que ce n'est qu'en
donnant que l'on reçoit.
Manuel
Martinez
Le
27 mai 2005
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