Il s'agit,
ici, de trouver le lien entre deux évènements qui, à première vue, paraissent
assez éloignés l'un de l'autre. Allons-y :
Premier point :
Chypre, vous connaissez.
Petite île voisine de la Grèce et de la Turquie. Elle représente quelque 0,2 %
du PIB de l'Europe. Elle est peuplée par, environ 1 200 000 habitants.
Cette île
constituait, jusqu'ici, ce que l'on définit comme un "mini paradis
fiscal". C'est à dire un endroit où les banques sont accueillantes pour
les grosses fortunes et la fiscalité si douce qu'on la ressent comme un doux
effeuillage. Avantage non négligeable, les banques locales ne sont point
regardantes sur la provenance de tout cet argent...
Il semblerait que les
capitaux déposés par des Russes représentent 40% du PIB chypriote ! C'est dire.
En somme,
Chypre n'est qu'un petit émule de la Suisse, du Luxembourg, de l'île de Jersey
et de tant de paradis fiscaux de par le monde...
Mais voilà,
les manigances financières ayant mal tourné, l'état de Chypre se trouve au bord
de la faillite financière. Comme la Grèce, l'Irlande, l'Islande avant elle et
bientôt l'Italie et l'Espagne.
Dès lors,
pour "sauver" le pays, la "Troïka" (UE, FMI, et la BCE), est prête à mettre 10 milliards
d'Euros sur la table. À une condition sine qua non : que le gouvernement
chypriote, trouve les 7 milliards manquants pour équilibrer les comptes !
Bien. Mais,
où les trouver ?
Simple ! En
ponctionnant de presque 10% les dépôts des particuliers dans les banques du
pays. De tous les particuliers !
Telle est
l'injonction, non négociable, que le Président de la BCE a faite au gouvernement
chypriote.
Heureusement,
le Parlement chypriote a rejeté cette ignominie.
À l'heure où
nous écrivons, une solution parait avoir été trouvée : Ponctionner de jusqu'à
40% les dépôts de plus de 100 000 €. Cela concernera, très majoritairement, les
hommes "d'affaires" russes.
Deuxième point :
L'ANI (Accord
National Interprofessionnel), nommé aussi "Pacte pour la compétitivité"
ou « Plan pour la sauvegarde de l'emploi », vous connaissez ? Non !?
C'est
pourtant un accord, qui vient d'être signé, le 11 mars dernier, entre le MEDEF
et une minorité des syndicats des salariés français. Trois syndicats qui représentent
38% des syndicalistes français. Avec la bénédiction du gouvernement qui se
félicite de ce que : "les partenaires sociaux soient arrivés à le signer
sans qu'il ait eu à s'en mêler..."
Cet accord,
dont le fond est l'œuvre du MEDEF, vise, ni plus ni moins qu'à démanteler la
plus grande partie de ce qui reste encore du Code du Travail...
En attendant
d'offrir la "Sécu" au privé ! Des mesures dans ce sens font partie de
"l'accord" et concernent 4 milliards € de cotisations, payées à
moitié par les salariés et les PME, pour la mise en place d'une nouvelle
"Complémentaire Santé", privée ! Comme de bien entendu !
Pour parfaire
ce coup de force, le MEDEF a demandé au gouvernement de donner à cet accord
force de loi.
Le
gouvernement a accepté la "suggestion" sans se faire prier et, le
Parlement doit légiférer incessamment sous peu, pour que l'accord, devenu loi,
soit inattaquable et devienne pérenne. Prochaine étape, suppression des
tribunaux de Prud'hommes devenus inutiles ?
Maintenant, la question du jour : Quel est le lien
entre ces deux évènements en apparence fort éloignés l'un de l'autre?
Le fait,
incontestable, que dans les deux cas : Des dirigeants d'organisations financières
et patronales, n'ayant aucune légitimité politique, puisqu'il ne s'agit pas
d'élus, ces chefs d'entreprise se permettent de dicter la conduite à tenir à
des gouvernements, élus !
Dans le
domaine économique, certes, mais les mesures exigées, de par leur envergure et
leur portée, vont bouleverser totalement le devenir du pays, économiquement,
mais aussi socialement et donc politiquement !
De facto, le
même phénomène se reproduit régulièrement, depuis des années, en l'Union
Européenne et dans le monde entier, sous couvert de redresser les finances
défaillantes de tel ou tel pays. Ce ne sont pas les exemples qui manquent !
À noter
qu'il est plus facile de redresser les finances en spoliant ceux qui sont sans
défense, que de s'attaquer au vrai
problème : La dérégulation sans limites de la finance mondiale !
Au vu de ce
qui précède, nous pouvons dire, sans ambages, que de fait, les décisions
politiques ont été remplacées par des décisions financières. Ce sans la moindre
légitimité !
De là à dire
que nous ne sommes plus en Démocratie, mais, de fait dans une "Dictature
du Capital" qui n'avoue pas son fait, il y a un pas que nous ne devons
plus hésiter à franchir. Tant l'évidence s'impose.
Mais les
peuples concernés ne sont pas encore assez "mûrs" pour accepter cet
état de fait sans rechigner, voir sans se révolter. Donc, on fait tout pour
sauver les apparences.
Paradoxalement,
ils sont encore moins mûrs pour accepter le fait et agir en conséquence. À
supposer que l'on puisse trouver une solution autre que belliqueuse...
Ne nous
voilons plus la face, la Démocratie est, pour le moins, moribonde.
Il serait
temps que chacun de nous en prenne conscience et qu'il réagisse à l'avenant. Ne
serait-ce que par un réflexe mutuel de solidarité.
"Tous
pour un, un pour tous" ne doit pas rester une "jolie" phrase. La
solidarité qu'elle implique doit devenir le nerf moteur de nos actions futures.
La trame de nos pensées.
Nous devons
aboutir au rejet raisonné du "tout économique !" et de
"leur" fatalisme de commande, sur arrière plan de pessimisme et de
désespoir.
Sans cela,
ce sera la fin d'un monde où la poésie, l'amitié et l'amour ont donné un sens à
nos vies à nous, adultes d'hier et d'aujourd'hui.
Est-ce monde
là que nous voulons pour nos enfants ?
Non ! Nous,
à ATTAC, nous refusons un tel destin ! Forgé à dessein par les financiers et
les politiques à leur dévotion.
Manuel MARTINEZ
Biarritz, le 1 avril 2013
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