Football et favelas...



Le championnat du monde de football a débuté, officiellement, le 12 juin 2014. Au Brésil.
Officieusement, il a débuté lorsque les policiers et soldats du Brésil, mandatés par le gouvernement, ont délogé par la force les habitants des favelas destinées à la démolition, pour faire place aux stades "nécessaires" à cette "insigne" manifestation sportive.
Il a continué lorsque ces pauvres gens, mis à la rue sans ménagement, ont voulu se révolter. Là, les mercenaires (quelle autre appellation leur donner ?) à la solde du gouvernement socialiste brésilien, se sont donnés à cœur joie : Ils se sont déchaînés avec une sauvagerie et une violence inouïe sur ces pauvres gens.
Tapez sur Youtube : "Bienvenido al Mundial de Fùtbol 2014". Vous tomberez sur une vidéo de trois minutes et quelques secondes.
Je l'ai vue, je ne pouvais pas détacher mon regard des images atroces de brutalité et sauvagerie. Images qui suintaient la hargne, la volonté de faire mal... à des hommes jeunes et moins jeunes, à des femmes à des enfants ! Dont un se fait descendre d'un coup de pistolet tiré presque à bout portant !
J'ai eu les larmes aux yeux, de honte et d'impuissance. De rage inutile ! Parce que, que faire pour empêcher un fait accompli ?!
Et l'idée nous est venue en même temps, à mon fils et moi. Mon fils qui me montrait la vidéo sur son smartphone.
Il nous fallait boycotter la compétition, ne pas regarder un seul match de leur maudite compétition où le sport ne sert que d'exutoire aux millions d'exploités par le monde et de machine à récolter des montagnes d'argent pour ceux qui le mettent en place.
Nous en avons discuté et nous nous sommes mis d'accord pour ce boycott.
Mon fils n'a pas tenu. Il a regardé, il regarde les matchs qui lui semblent les meilleurs.
Moi, je n'ai pas eu à me forcer pour tenir ma promesse. Tant ce système m'écœure parce qu'il n'a qu'un seul et unique but, inavoué : Ramasser un maximum d'argent.
Et puis, je voulais montrer ma solidarité avec les victimes du jour, de ces manigances.
Parce que, me dis-je, s'ils n'ont pas au moins notre solidarité, que va leur rester de leurs vies déjà lamentables de misère et souffrances ?
Je m'en suis ouvert à mon fils. Au départ, il était en parfait accord avec moi. Parce que sous le coup de l'émotion de ce qu'il avait vu et m'avait montré.
Puis, il a trouvé que ces milliers et milliers de touristes, amateurs de foot qui vont débarquer là bas, ils dépenseraient de l'argent et ça ferait travailler les "petits" commerçants brésiliens. Ils n'auraient pas tout perdu... !
S'imagine-t-il que les touristes vont se promener en totale liberté de mouvements et aller dépenser leurs sous là où l'on a le plus besoin ? Alors que tous ceux qui ont été spoliés seront tenus, fermement, à l'écart de la "fête" sportive ?
Peu importe. L'essentiel pour lui étant de ne pas perdre la face et, pour cela, quoi de mieux que de se dire : "Bof, je serais ridicule de boycotter ce championnat et me priver de quelque chose qui me plaît. De toutes manières, que nous soyons quelques-uns à le faire, qu'est-ce que ça peut leur faire. Ils s'en foutent !".
Et là, la logique, froide et calculatrice a pris le pas sur son sentiment de révolte, qu'il a fini par considérer comme une idée sympathique mais inopérante.
Si on avait été un million à se dire : "je vais boycotter cette compétition ?!", sur ce million 99% auraient réagi comme mon fils. Parce que le système a réussi à nous convaincre, intimement, de ce qu'agir en n'écoutant que son choix personnel est une ineptie qui n'a plus de cours. Dans un monde ou tout et chacun est régi et entraîné par le mouvement de masse.
Cela s'appelle la perte de son autonomie et de sa capacité de décider par soi même.
Là est la force occulte contre laquelle il faut se battre, pour redevenir autonome, pour redevenir soi-même.
Alors, mon fils, à la prochaine occasion, si tu estimes que tu dois agir, même tout seul, fais-le. Si tu veux ne pas devenir un esclave de la "majorité". Tu en sortiras grandi et tu sentiras quelque chose de bon et de fort : que tu deviens un homme libre !
Manuel MARTINEZ
Biarritz le, 16 juin 2014

APOLITIQUE...



Ceci est ma première contribution au périodique "Front de Mer". Organe de presse de l'association "Biarritz, l'humain d'abord".
Le but essentiel de cette association est l'implication et l'instruction des citoyens dans les décisions qui les concernent dans les domaines socio-économiques, environnementaux et culturels. En clair faire de l’éducation politique.
Éducation politique, tout un programme ! S'exclameront certains.
Plus simplement, nous voulons apporter à nos lecteurs, des éléments de réflexion qui leur permettent de se situer dans le paysage politique local et national. Considérant que chacun de nous fait partie de ce paysage, par sa présence même. Au même titre que notre seule présence dans une chambre fermée a une incidence sur la qualité de l'atmosphère de la pièce.
En peu de mots, nous considérons que le vocable "apolitique", n'a pas de sens si on veut l'appliquer à un être doué de raison et, par-là, devant prendre des décisions pour pouvoir exister et se situer dans le damier social.
Ce qui lui permettra, lors d'une élection communale, régionale ou nationale, de se déterminer, au moment de voter, en connaissance de cause.
Dès lors, nous pouvons affirmer que toute prise de conscience d'un problème affectant l'ensemble de la société et la décision qui s'ensuivra, ce sont des actes politiques. Dans le sens noble et universel du terme.
Par opposition au même type de décision, prise sous la pression de la propagande de tel ou tel groupe politique. Cela, nous pouvons le nommer : politique politicienne !
Ce préambule m'a été nécessaire pour vous narrer une anecdote vécue en mai dernier, qui eut comme cadre l'Épicerie Sociale de Biarritz :
Dans une très mauvaise passe financière, j'ai dû avoir recours à leur aide.
J'y allais une fois par semaine et, pendant que j'attendais mon tour, je regardais et écoutais.
De fil en aiguille, comme j'aime écrire sur de sujets divers : société, politique un brin de poésie, je me suis dit que je pouvais déposer quelques-uns uns de mes textes, là bas, pour que quiconque voudrait les lire, puisse le faire.
J'ai demandé l'autorisation de ce faire. Elle m'a été refusée, par la Direction. La raison en était que mes textes sont à teneur politique. Ce qui les rend inaptes à être diffusés dans un endroit, laïque et... Apolitique !
J'ai répondu à cet acte de censure, par un texte expliquant nos positions respectives et, à ce qu'il me semble, démontrant clairement que de fait, c'est leur acte de Censure qui est politique.
à ce qu'il me semble au vu de leur réponse, mon courrier n'a pas été compris.
On me dit : "...l'Épicerie sociale se doit d'être un lieu préservé, hors de toute démarche politique, religieuse...".
Je vous demande, qu'est que ça veut dire ce : "préservé" ? On doit préserver les usagers de l'endroit de la possibilité de s'informer et de réfléchir ?
Je vous laisse répondre à cette question et vous faire une opinion.
Comme je demande à ces gens de reconsidérer leur attitude, tenant compte de ce qui précède.
Je leur dis et je vous dis : soyez autonomes et indépendants dans vos choix et vos actions. Rejetez le "prêt à penser". Il est dangereux pour nous tous, et pour la Démocratie.
Manuel MARTINEZ
À Biarritz le, 22 mai 2014

LE GEANT D'ARGILE




LE GEANT D'ARGILE

Planant sur les falaises d'Ilbarritz, au Pays Basque, un pur esprit de la mer se posait des questions. La journée était radieuse.
En effet, il voyait des humains s'allonger sur le sable, fermer les yeux et, de temps en temps s'étirer avec volupté et changer de position. De toute évidence ils y prenaient plaisir.
D'autres, jouaient allègrement dans l'eau avec les vagues. Avec quel enthousiasme !
Des couples, en aparté, non moins enthousiastes, se caressaient longuement en s'embrassant avec délices (c'était longtemps avant l'avènement du catholicisme).
L'esprit se demandait :
-    « Qu'ont-ils de plus que moi, bon sang, pour prendre ainsi du plaisir? ! »
-         « Mais oui, ils ont un corps ! Qui, de toute évidence leur donne des satisfactions ! »
-         « Il me faut un corps ! » Décida-t-il.
Mais comme il n'avait pas de consistance matérielle, il lui fallait de l'aide.
Survolant un groupe d'humains il y prit possession et leur ordonna de façonner un grand corps, anthropomorphe, avec l'argile de la falaise. Lorsque ce fut fait, il les éloigna et les libéra de son emprise.
Revenu auprès du corps, gisant sur le sable, au pied de la falaise, il l'anima.
Gigantesque et gris, le corps se mit debout, avec des mouvements saccadés et maladroits. Il commença à marcher, vers le soleil couchant surplombant le Jaïzquibel.
Il marcha, et même par moments, il s'essaya à la course. Mais faute d'expérience, au bout de quelques chutes, indolores, il s'abstint de courir.
La nuit durant, il marcha de-ci de-là, s'arrêtant de temps en temps pour s'asseoir précautionneusement. Mais son « corps », n'ayant pas d'odorat, ni le sens du tact, il ne pouvait pas percevoir la richesse des sensations que la balade nocturne nous procure à nous les humains, la caresse de l'air frais ou sa tiédeur, l'odeur de la terre et des fleurs, de la mer.
Il en fut de même, le matin, lorsque revenu à Ilbarritz (endroit qu'il affectionnait particulièrement) il essaya la baignade, même désenchantement ! N'ayant pas de peau, il ne pouvait éprouver ces sensations qui font notre enchantement, lorsque « la mer est bonne ». Lorsque l'on nous caresse.
Déçu, il passa à la «séance de bronzage». Déception totale, faute de derme, pas de plaisir !
Le pur esprit comprit qu'il lui manquait quelque chose qui rendrait vains tous ses efforts pour ressentir du plaisir charnel, comme les humains. Et il ne sut jamais que ce quelque chose qui nous fait vibrer, cela porte un nom : sensualité.
Déçu et contrarié, il abandonna le grand corps d'argile, étendu sur la plage.
Il y a des siècles de cela, et la mer arrivait plus bas dans le rivage. Aussi, lorsque la mer monta, peu à peu elle finit par atteindre le grand corps et, jour après jour elle le désagrège. Comme le temps nous corrode.
Aujourd'hui, il ne reste que la tête, érodée, l'air torturé et résigné.
J'en ai pris des photos, pour vous.

                                                            Manuel MARTINEZ    16 février 2011